Start-up mode d’emploi avec SEMIA

L'incubateur de start-up SEMIA est partenaire de la Communauté d'Agglomération de Haguenau. Sa mission ? Détecter et accompagner les projets d'entreprises innovantes. Quelles sont les étapes essentielles pour lancer sa start-up ? Quelles sont les erreurs communes à éviter lorsqu’on monte son projet ? Comment se faire accompagner ? Mickaël Hollé, Industry Start-up Manager chez SEMIA, nous partage son expertise.

Comment définiriez-vous ce qu’est une jeune entreprise innovante, ou ce qu’on appelle plus communément une start-up ?

Une startup est avant tout une jeune entreprise en phase de démarrage, qui se distingue généralement par 3 grandes caractéristiques. La première est son potentiel innovant, qui peut être technologique mais aussi lié à une innovation d’usage. La deuxième concerne son potentiel de croissance : une startup évolue généralement sur un marché qui lui permet d’envisager un développement important. Enfin, le troisième aspect concerne son mode de financement. Une startup connaît souvent une phase de développement technologique avant même d’accéder pleinement au marché. Cette phase peut être financée par des subventions, mais aussi par des investisseurs privés.

J’ai une idée d’entreprise innovante : quelle est la première chose à me conseiller ?

Le premier conseil que je donnerais est de confronter son idée au marché le plus tôt possible. Il faut aller à la rencontre des futurs utilisateurs, tester son idée et recueillir leurs retours afin de construire progressivement le cahier des charges du projet. Il est également essentiel de bien s’entourer dès le départ. Si vous êtes un porteur de projet avec un profil très technique, vous ne devez pas rester seul ! Vous pouvez avoir besoin de compétences commerciales, marketing, financières ou managériales complémentaires. Enfin, il ne faut surtout pas développer trop vite. Il est préférable de conserver un fonctionnement agile, avec des étapes de développement qui évoluent en fonction des retours obtenus sur le terrain.

Quelles sont les différentes étapes de développement pour une start-up ?

Le développement d’une startup suit généralement une démarche assez structurée, à la fois sur le plan du produit que sur le plan commercial. Côté produit, on commence notamment par la preuve de concept, avant d’avancer progressivement vers ce que l’on appelle le product-market fit, c’est-à-dire le moment où les premiers utilisateurs valident réellement l’adéquation entre la solution proposée et leurs besoins. En parallèle, il y a tout le volet développement commercial. Cela commence par la veille et l’étude de marché, puis par la recherche des premiers clients, jusqu’aux différentes phases de croissance. Une étape particulièrement importante intervient ensuite : lorsque la startup commence à grandir, il faut structurer l’entreprise et l’équipe.

C’est là où on arrive à une phase critique où l’on passe dans une autre dimension, où on va manager, gérer une équipe et d’autres problématiques…

Oui, tout à fait. Au départ, le fonctionnement d’une startup est souvent très agile, voire artisanal. Mais lorsque l’entreprise connaît une croissance rapide, il devient nécessaire de recruter les bonnes personnes, de définir des processus et de mettre en place une organisation permettant de sécuriser le développement. C’est souvent une période délicate, car le dirigeant n’a pas forcément eu l’occasion d’apprendre à manager ou à structurer une organisation. C’est là que SEMIA est aussi aux côtés des dirigeants. Nous sommes en effet à la fois une oreille attentive et un interlocuteur capable de challenger le dirigeant sur les différentes dimensions de son projet : développement produit, stratégie commerciale, ressources humaines, structuration de l’entreprise, financement… L’objectif est d’avoir une vision globale du projet et de pouvoir intervenir au bon moment sur les différents enjeux auxquels le dirigeant est confronté.

Quels soutiens financiers peuvent être mobilisés par une startup ?

Il existe aujourd’hui toute une palette de dispositifs de financement. Notre rôle consiste notamment à aiguiller les porteurs de projets vers les dispositifs les plus adaptés à leur situation. Cela peut passer par les fonds propres du dirigeant, mais aussi par des subventions, des dispositifs régionaux ou nationaux, notamment ceux proposés par Bpifrance, ou encore par d’autres mécanismes de financement permettant d’accompagner les différentes phases du développement.

Quelles sont les erreurs communes à éviter lorsqu’on monte son projet ?

L’un des premiers points de vigilance concerne la propriété intellectuelle. Il faut notamment s’assurer que la propriété intellectuelle liée au produit ou au service développé est bien détenue par la société créée. Cela peut devenir un véritable enjeu lorsqu’une partie du développement est sous-traitée. Il faut également veiller à s’entourer des bonnes personnes et à anticiper les questions de gouvernance. Quand tout va bien, ces sujets peuvent sembler secondaires. Mais dès qu’apparaissent des désaccords ou des « angles morts », ils peuvent générer des crises, notamment entre associés. Il vaut donc mieux adopter une démarche préventive plutôt que curative, et aborder ces questions suffisamment tôt. Enfin, une erreur fréquente consiste à vouloir attendre que le produit soit parfait avant de le commercialiser. Au contraire, il faut se confronter au marché le plus rapidement possible pour apprendre, ajuster et faire évoluer son offre.

Concrètement, comment se déroule l’accompagnement proposé par SEMIA ?

Aujourd’hui, SEMIA compte 111 startups dans son portefeuille et dispose d’une équipe pluridisciplinaire capable d’accompagner des projets très variés : industrie, numérique, santé, bioéconomie… Le parcours commence par une phase de candidature. Les projets retenus intègrent ensuite un programme collectif intensif de trois mois. Durant cette période, les porteurs de projets sont challengés sur les fondamentaux de leur activité afin de consolider et de structurer leur projet. À l’issue de ces trois mois, le projet est présenté devant un comité d’engagement, composé notamment d’acteurs de l’écosystème, de partenaires industriels et de financeurs comme Bpifrance. Si le projet répond aux critères d’une startup et que son potentiel est confirmé, il peut alors intégrer un accompagnement individuel.

Combien de temps dure cet accompagnement ?

Cela dépend fortement de la nature du projet. L’accompagnement peut durer de deux à cinq ans. Un projet numérique pourra avoir un cycle plus court qu’un projet dans le domaine de la santé ou de l’industrie, qui nécessite généralement des phases de développement et de validation plus longues. L’accompagnement individuel repose sur des échanges réguliers entre le porteur de projet et son chargé d’affaires. Il permet également d’accéder à un réseau et à un écosystème, tout en identifiant les sources de financement adaptées aux besoins et au niveau de maturité du projet.

Que se passe-t-il lorsqu’un projet n’est pas encore suffisamment mature ?

Notre objectif est de structurer l’ambition du porteur de projet tout en maîtrisant son niveau de risque. Si le niveau de maturité n’est pas encore suffisant, nous pouvons l’accompagner dans une réflexion stratégique, lui conseiller certains pivots ou l’aider à faire évoluer son projet. Il ne faut pas nécessairement considérer cela comme un échec. Parfois, c’est simplement une question de timing ou de maturité du projet lorsqu’il se présente à nous.

Une startup doit-elle obligatoirement lever des fonds ?

La levée de fonds fait effectivement souvent partie du parcours d’une startup. Elle permet de renforcer ses capacités de développement et, surtout, d’aller plus vite. Mais elle n’est pas obligatoire, ni automatique. Dans les premières phases, le dirigeant peut mobiliser ses ressources personnelles. Il existe également des dispositifs régionaux, nationaux et européens, sous forme de subventions ou de prêts, qui peuvent permettre de financer une part importante du développement en amont.

Pourquoi le Grand Est, et plus particulièrement l’Alsace, est-il un territoire favorable aux startups ?

Le premier élément à souligner est la richesse de l’écosystème. Pour donner un exemple, 40 % des projets accompagnés dans le portefeuille de SEMIA viennent de l’extérieur de la région. Certains projets sont même internationaux, avec des porteurs venant notamment du Japon ou des États-Unis ! Plus largement, l’Alsace et le Grand Est disposent d’un écosystème très complémentaire, dans lequel les différents acteurs échangent, collaborent et s’écoutent. Cette capacité à travailler collectivement constitue une véritable force pour le développement des startups et, plus largement, pour l’innovation sur le territoire.

Un ultime conseil pour les futurs entrepreneurs ?

Je retiendrais surtout trois choses : tester son idée rapidement auprès du marché, bien s’entourer et anticiper la structuration de son entreprise. Une startup ne se construit pas uniquement autour d’un bon produit ou d’une bonne technologie. Son développement repose aussi sur une équipe, une stratégie commerciale, une gouvernance solide et la capacité à mobiliser les bons financements au bon moment.

 

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